Après la publication du rapport de la Cour des comptes sur les finances locales, c’est à la Banque Postale de s’inquiéter de la baisse des investissements des collectivités territoriales dans sa dernière note de conjoncture – avec des chiffres qui confirment très précisément les sombres prévisions établies par l’AMF il y a cinq mois.
Sans surprise et dans un contexte de réduction des dotations, la forte baisse des investissements dans les collectivités locales en 2014 (- 8,8 %) se prolongerait en 2015 (- 6,6 %, toutes collectivités confondues). Si ce recul « n’est pas inhabituel au début du mandat municipal », explique la Banque Postale, en raison du « délai entre les décisions d’investissement et le caractère opérationnel des projets », son ampleur « fera date » car ces deux années correspondent en cumulé à une perte de plus de 8 milliards d’euros.
Les communes, quant à elles, devraient voir leurs dépenses d’investissement baisser de 7,8 % après une réduction de 14,1 % en 2014. Celles-ci verraient leurs investissements diminuer de « 5,3 milliards d’euros, soit près de 21 % de leur niveau de 2013 », détaille la note de conjoncture. Dans le même temps, la contraction de l’investissement des EPCI perdurerait (- 6,8 % en 2015). Pour le bloc communal (communes + EPCI), la baisse des investissements atteindra en 2015, selon la Banque postale, 7,07 % (1). Ce chiffre est presque très exactement celui que prévoyait l’AMF dans une note d’analyse prospective publiée en mai dernier – elle tablait alors sur une baisse de 7 % des investissements pour le bloc communal.
Les départements voient leurs dépenses d’investissement chuter de 4,3%. Les régions seraient, quant à elles, le seul niveau de collectivités locales à stabiliser son investissement (+ 0,3 %).
Du côté des dépenses de fonctionnement, elles décélèrent, si on les considère tous niveaux de collectivités confondus : leur hausse a été de 1,8 % en 2015, contre 2,9 % en moyenne par an entre 2011 et 2014. Cette décélération globale cache en revanche d’importantes disparités d’un niveau de collectivité à l’autre : le bloc communal a vu ses dépenses de fonctionnement augmenter de 2,6 %, avec une nette décélération pour les seules communes (+ 1,4 %).
Ces hausses des dépenses de fonctionnement, bien que modérées, demeurent toutefois plus importantes que celles des recettes (+ 0,6 % tous niveaux confondus), qualifiées « d’atones » par la Banque postale. Conséquence : l’épargne brute des collectivités locales reculerait de 4,9 % en 2015.
Autre conséquence : la dette locale continue d’augmenter, explique la Banque postale. Le financement des investissements « nécessiterait un accroissement de la dette de 4,3 milliards d’euros », en 2015, selon la note, portant l’encours de la dette locale à 178,5 milliards (+2,5%). En ce qui concerne les communes, l’autofinancement permettrait toutefois de financer la quasi-totalité des investissements (98,6 %). Reste que si les collectivités locales continueront, à l’avenir, à financer une partie des investissements par de l’endettement, elles ne devraient cependant « pas en faire la variable d’ajustement de la baisse de l’épargne, cette option n’étant pas tenable à moyen terme », avertit la Banque postale.
Pour 2016, la reprise de l’investissement local reste « conditionnée en premier lieu à la capacité pour les collectivités locales de se reconstituer des marges d’autofinancement ». Pour le bloc communal, cette reprise dépendra également « des mesures de soutien de l’investissement qui seront effectivement mises en place par le gouvernement » alors que, pour les départements, elle dépendra des annonces relatives au financement des allocations individuelles de solidarité. (Maire Info)